Histoire et origine

Comment c’est devenu martial et festif ?

 

On pourrait penser que la pratique du Tahtib émerge dès la préhistoire lorsque l’homme s’empare d’un bâton comme un compagnon au quotidien : outil de travail, instrument de défense et de loisir. Imaginons les bergers, équipés de leur bâton, accompagnant leurs troupeaux le long des bords du Nil. A l’heure du repos, ce même bâton devient l’instrument du jeu. De manière très naturelle et ludique le berger développe son habileté au bâton, qualité essentielle pour le combat. De joute en joute, les bergers codifient leur jeu pour en préserver le bon esprit.

Huit mille avant J-C, avec le développement et la connaissance de l’agriculture, l’organisation de sa vie sédentaire, l’égyptien approfondit sa pratique du Tahtib et développe d’autres pratiques physiques notamment la course, le saut d’obstacle et la lutte libre. Loin d’être cantonné uniquement au Tahtib, le bâton est également utilisé lors des joutes nautiques au cours desquels l’objectif est de faire tomer l’adversaire à l’eau. Ces scènes sont décrites sur les parois des tombes des princes de l’Ancien Empire à Saqqara et à Guizeh.  

Aux mêmes époques, l’égyptien développe des jeux de tactique et de mouvement comme le jeu « Siga », proche du jeu d’échec actuel. Le Tahtib comme le jeu du « Siga » sont encore pratiqués dans les villages de Haute Egypte.



Le Tahtib après l’Ancien Empire


Le Tahtib après l’Ancien Empire

Le Tahtib traverse sans rupture l’histoire de l’Egypte. Ses représentations datant du Moyen Empire (2061 à 1665 avant J-C) concernent des soldats à l’entraînement. Elles sont visibles sur les murs des tombes de Moyenne Egypte dans la nécropole de Beni Hassan dans la région de Minya. A la même époque, une autre forme de combat au bâton apparaît, celle du bâton court avec des codes différents de ceux du Tahtib.
 
Les représentations du Tahtib se poursuivent dans le Nouvel Empire (1569 à 1081 avant J-C) notamment sur les murs des tombes à Louxor et celles de Saqqara. A cette époque, le Tahtib devient aussi démonstratif.  Avec des pas et des gestes « dansés », il a une intention festive pour les spectateurs comme c’est encore le cas aujourd’hui en Haute Egypte. Durant le Nouvel Empire, période de raffinements et d’évolutions, le Tahtib bénéficie de l’essor de la pensée, du développement social et économique. C’est l’âge d’or de l’Egypte Pharaonique. Pendant cinq siècles l’Egypte s’ouvre alors sur le monde, étend ses territoires ; ses armées se déploient au Nord jusqu’en Anatolie et au sud jusqu’à la 4ème cataracte en Abyssinie.

Durant la Basse Epoque, puis à l’ère gréco-romaine il ne fait aucun doute que l’art du Tahtib persiste. La littérature chrétienne primitive le mentionne comme un loisir et un art populaire exprimé lors des fêtes et des mariages.

Malgré les innombrables traces (gravures et dessins) laissés sur les parois des tombes de l’ancienne Egypte, depuis l’Ancien Empire ( 2686 à 2191 av J-C) jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand en Egypte (332 av J-C), l’origine du Tahtib reste une énigme.

Description du Tahtib à l’époque du Pharaon Sahourê

Les codes du Tahtib s’établissent vers 3200 av J-C, comme l’ont montré les fouilles menées par le célèbre égyptologue Zahi Hawass dans la région d’Abou Sir, à mi-chemin entre les pyramides de Saqqara et celles de Guizeh, pour lesquelles j’ai produit les publications scientifiques. L’histoire de ces découvertes remonte à 1994, lorsque Z Hawass trouve les vestiges de la chaussée de Sahourê, 2ème roi de la Vème dynastie.  

Les gravures ainsi dévoilées présentent sur des lignes horizontales plusieurs séries de scènes d’activités physiques (Fig. 3). De haut en bas, nous voyons le tir à l’arc, sur la 2nde ligne le Tahtib, sur la 3ème ligne la lutte libre. Ces gravures remarquables mettent en scène des instructeurs et leurs jeunes élèves. C’est une première à double titre qui démontre la place proéminente du Tahtib et de sa sophistication :

  • - Des scènes de Tahtib sur les parois de pyramides de rois de l’ancien Empire,
  • - Des vues d’instructeurs qui encouragent leurs élèves et qui les forment aux codes du Tahtib

Placé entre le tir à l’arc et la lutte libre, le Tahtib figure sur le podium des activités physiques de l’ancienne Egypte digne de figurer sur les pyramides des rois de l’Ancien Empire. 

Le Tahtib figure autant sur les parois des pyramides royales que celle de nombreuses tombes. Le Tahtib n’était donc pas réservé à une classe sociale spécifique mais partagé par tous. Les raisons sont multiples :

  • - L’ancienneté de la pratique, antérieure à l’apparition des classes sociales en Egypte,
  • - Le rôle du bâton et son symbole,

Le mot « souverain » s’écrit avec le dessin du bâton. Tout homme, peut s’en emparer  pour exprimer son rôle et son autorité. De nos jours, en Haute Egypte, les villageois en témoignent fièrement.

Ref, Tarek El Awady, Février 2012, Directeur du Musée du Caire et Chef des fouilles du site d’Abou Sir